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L'ex-clochard qui voulait être maire
· Portrait - Jean-Marc Restoux brigue la mairie du chic 6e arrondissement de Paris. Sa campagne, il la mène sur les trottoirs.
· Il n'a aucun financement mais il a tout misé sur sa gouaille, son histoire et ses soutiens "people".
Amélie GAUTIER - le 25/02/2008 - 18h50
Dans
l'assemblée
costumée-cravatée-concentrée, on ne voit que
lui, sa barbe de patriarche, son manteau élimé et ses
yeux malicieux. Jean-Marc Restoux détonne et ça
l'amuse. Ce jour-là, pourtant, à la préfecture
de Paris, l'heure est solennelle. A deux semaines des municipales,
c'est maintenant que se décide l'attribution des panneaux
électoraux. Au milieu des candidats ou de leurs colistiers,
sérieux comme des premiers communiants, Jean-Marc Restoux a
mis les mains dans les poches de son jean et il jubile. Ancien SDF,
actuellement au RMI, il part à la conquête du
très classieux 6e arrondissement.
Le 6e, c'est le quartier de la philosophie
existentialiste, du jazz américain, du jardin du
Luxembourg... C'est aussi un bastion UMP. "Aujourd'hui, c'est
le quartier des SDF", résume le sémillant
quinquagénaire. Il traduit, amusé, "les Sans
difficultés financières" et "les Sans
domicile fixe" qui y cohabitent. En se présentant
contre le maire sortant Jean-Pierre Lecoq, Jean-Marc Restoux veut
faire entendre "Un autre son de cloche". C'est le nom de
sa liste. C'est le slogan de sa campagne. C'est son histoire.
Parrainer les gens en
difficulté
A 54 ans, Jean-Marc Restoux a passé la moitié de sa
vie dans la rue. N'allez pas le traiter de "parachuté".
Saint-Germain, c'est son quartier. Son quart de siècle sur
le bitume, il l'a passé ici, entre le Café de
Flore et les Deux magots, précisément.
Il avait 27 ans lors de sa première nuit sous les
lampadaires. Ce Bordelais d'origine a longtemps vécu de
petits boulots. Educateur, éclairagiste, il a même
"fait les lumières de Léo Ferré",
assure-t-il... Mais la précarité l'a toujours
rattrapé. Il y a un an, Jean-Marc Restoux était au
Canal Saint-Martin avec les Don Quichotte. Le campement a
été évacué, il a été
relogé dans un immeuble d'Emmaüs, rue de Buci.
Aujourd'hui, il n'est plus à la rue, mais la galère,
il connaît. Alors quand Jacques Deroo, président de
l'association Salauds de pauvres, a évoqué
l'idée de monter des listes de "victimes de la
précarité" aux municipales, Jean-Marc Rastoux a dit
"Banco".
Parce que s'il n'a pas la silhouette de l'homme politique, il en a
le discours et la détermination. Ses propos sont
argumentés, ses mots pesés, ses idées
réfléchies. "Aujourd'hui, dans le 6e,
on préfère revendre les immeubles à des
marques de luxe plutôt que d'en faire des logements sociaux.
Il n'y a plus que des commerces de luxe", déplore-t-il.
"Les prix exorbitants des loyers chassent les gens
âgés. Il faut à tout prix maintenir les
commerces de proximité, comprendre que cette
diversité est une richesse", espère celui qui
souhaiterait "montrer une autre approche des gens" et
intégrer davantage les précaires comme lui dans le
dialogue social. Parmi ses idées : le parrainage des gens en
difficultés. "Que ceux qui le peuvent aident les
précaires en leur offrant un habitat avec un petit loyer, en
les aidant à remplir des tâches administratives, de
quoi leur offrir un tremplin, exhorte-t-il. Les accidents
de la vie peuvent arriver à tout le monde, faut pas
l'oublier".
Le champion en serrage de main
A défaut de vrai local, le bitume chic du
boulevard Saint-Germain lui sert de QG de campagne. Une chaise et
un téléphone portable complètent le
dispositif. Son budget ? 60 euros. Mais il en rigole. C'est un
faux problème, une question de temps, explique-t-il :
il pense qu'il fera plus de 5% au premier tour et que ses frais de
campagne seront remboursés. A défaut de sous, l'homme
a d'autres d'atouts.
Sa gouaille, sa proximité avec "les autres gens",
son expérience. Dans le quartier, il connaît tout le
monde, tout le monde le connaît, c'est une institution. Les
jeunes l'appellent "Papy", les dames en fourrure lui
sourient, d'autres lui confient leurs soucis. "Sur le terrain,
je suis déjà gagnant, rigole-t-il. Ne serait-ce
qu'en serrage de mains !" Pour lui, 25 ans dans la rue
valent largement la tournée des marchés le dimanche.
"Beaucoup me disent qu'ils vont voter pour moi au premier
tour", se réjouit Jean-Marc Restoux. Un vote
protestataire pour ces déçus de la politique
actuelle. L'ex-SDF se targue aussi de soutiens de choix. Il dit
avoir reçu celui des acteurs Richard Bohringer et Louis
Garrel... Et de l'écrivain Frédéric Beigbeder.
"J'ai vécu toute ma vie dans le VIe arrondissement, et
l'une des seules personnes qui parle à tout le monde, c'est
Jean-Marc," a expliqué l'auteur de "99 francs" à
l'AFP. "Jean-Marc, c'est un vrai modèle de
réinsertion", plaide pour lui Francis Wolff,
réalisateur de 29 ans, qui filme sa campagne au quotidien
pour un documentaire. Ça prouve qu'on peut passer 30 ans
dans la rue et devenir tête de liste aux municipales."
Même avec des cheveux hirsutes et un jean usé.